Article sur Jean-Sébastien Gauthier dans Border Crossings

Jean-Sébastien Gauthier est l’artiste en résidence du Département d’anatomie et de biologie cellulaire à l’Université de la Saskatchewan à Saskatoon. Il travaille de près avec le Dr. Brian Eames au Centre canadien de rayonnement synchrotron, l’unique centre de recherche de son genre au Canada.

Le mois de juin 2018 fut rempli de moments forts pour l’artiste.  Sa démarche artistique a fait l’objet d’un article dans l’édition imprimée de Border Crossings , un magazine culturel canadien qui célèbre cette année son 35e anniversaire. Jean-Sébastien s’est dit vraiment touché par cette reconnaissance. L’article explore les intersections entre l’art et la science à l’intérieur de sa démarche artistique.

photos: Jean-Sébastien Gauthier

Participation au Colloque national des arts médiatiques autochtones

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Encore au mois de juin, Jean-Sébastien nous a révélé sa dernière collaboration avec l’artiste Métis Jason Baerg , un ami et collaborateur de longue date. C’est dans le cadre du Colloque national des arts médiatiques autochtones que ces deux artistes ont présentés We are Star People à La troupe du jour à Saskatoon.

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Jason Baerg, en collaboration avec Jean Sébastien Gauthier
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Jason Baerg – We Are Star People – en collaboration avec Jean-Sébastien Gauthier

Marjorie Beaucage / artiste métisse rassembleuse

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Marjorie Beaucage et Jack Saddleback lors du premier pow wow Tastawiyiniwak
(les personnes entre) qui a eu lieu à Saskatoon, juin 2018.

Marjorie Beaucage est une artiste autochtone engagée qui lutte contre l’homophobie, et les inégalités sociales. Elle s’engage particulièrement auprès d’initiatives qui militent pour la reconnaissance et le respect des droits humains des peuples autochtones. Elle produit des documentaires et des oeuvres médiatiques qui abordent ces thématiques depuis plus de 20 ans.

Au début des années 1990, Marjorie Beaucage est cofondatrice de l’Aboriginal Film and Video Art Alliance. Elle oeuvre également comme ambassadrice culturelle pour les communautés autochtones auprès du Centre des Arts de Banff, V-Tape, le Conseil des Arts du Canada et le Conseil des Arts de la Saskatchewan. Marjorie contribue ainsi au développement de programmes et d’ententes liés aux artistes autochtones canadien.e.s.  Beaucage fait valoir l’importance des espaces pour les peuples autochtones à l’intérieur du secteur des arts et de la société en générale.  Elle oeuvre depuis longtemps pour la mise sur pied d’événements et de rassemblements qui permettent aux Premiers Peuples, et à leurs artistes, de se faire entendre et voir dans les médias.  Cette dernière a notamment lutté pour la création du premier Pow Wow Tastawiyiniwak (les personnes entre) à Saskatoon en 2018, et elle apporte aussi son soutien à des initiatives comme Out on the Land organisé par Out Saskatoon.

photo: AKA Artist-Run
photo: AKA Artist-Run

Honorée pour ses contributions

Au mois de juin 2018, l’artiste fait l’objet d’un projet commémoratif intitulé #Media Art Matriarchs, un babillard qui célèbre des artistes autochtones ayant marqué les arts médiatiques et les communautés dans lesquelles elles oeuvrent. Le babillard en question a été dévoilé dans le cadre du Colloque national des arts numériques autochtones au mois de juin 2018 à Saskatoon. Marjorie a lancé le colloque comme première conférencière du 13 juin à Wanuskewin, où se déroulaient les activités du colloque.

En collaboration avec : #callresponse + Listen, Witness, Transmit
Conception graphique : Megan Currie X-ing Design’s
Emplacement : AKA Artist Run + Paved Arts – 424 20e rue Ouest

Babillard présenté par : AKA Artist-Run, PAVED Arts, + Wanuskewin Gallery

Durée: 12 juin au 28 juillet 2018

Une résidence à la Sante Fe Art Institute

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L’été de 2017, Marjorie est sélectionnée par la Sante Fe Art institute au Nouveau-Mexique (États-Unis) pour son programme Equal Justice Residency . Marjorie fait partie de 80 artistes du monde entier qui ont bénéficiés de cette commandite pour effectuer une résidence d’artiste axée sur la justice sociale.  La thématique du programme: explorer les manières que l’art peut faciliter le dialogue, et appuyer la lutte contre les injustices et les inégalités sociales.  Pendant sa résidence d’artiste, Marjorie a fait la relecture de ses journaux personnels pour en ressortir des moments, des phrases, et des poèmes.  Elle a ensuite étudié l’art du cirque et le ‘Spoken Word’.  L’artiste se dit marquée par l’expérience, en ajoutant qu’elle croit que ces deux médiums vont informer la façon qu’elle choisira de présenter l’histoire de sa vie.

 

Quelques articles à découvrir:

Un premier pow wow pour les Autochtones LGBTQ en Saskatchewan 

Omayra Issa, Radio-Canada, 16 juin 2018

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Photo: Radio-Canada

Le pouvoir des mots en soutien aux autochtones LGBTQ

Omayra Issa, Radio-Canada, 31 janvier 2017

 

 

Les projets se chevauchent pour l’artiste Laura St.Pierre

Laura St.Pierre
Photo: Kenton Doupe

Laura St.Pierre n’a pas de temps à perdre. Son exposition à la galerie Dunlop à Regina est à veille d’être démontée et déjà elle se prépare à présenter un projet ambitieux pour PAVED Arts au mois de juillet (plus de détails à venir). Mais il faut dire que les derniers mois ont été particulièrement bien remplis pour l’artiste.

L’année 2018 commence à la galerie VivianeArt à Calgary avec l’inclusion du travail de Laura dans l’exposition de groupe Winter Garden, du 19 janvier au 24 février. Au mois d’avril dernier, Laura se déplace à Montréal, où elle monte une installation à la Foire Papier. L’oeuvre est commanditée par la galerie Vivianeart. Au même moment, elle fait partie du projet La vie fragile, exposition de groupe organisée par le Conseil culturel fransaskois et exposée à la galerie Luz . L’artiste surmonte tout un défi en montant deux projets au cours d’une même semaine. Laura est tellement occupée avec le montage de ses oeuvres qu’elle ne remarque pas son oeuvre affichée dans le catalogue de la Foire Papier d’art pour représenter sa galériste Vivianeart (Calgary). Laura St.Pierre est récipiendaire d’une bourse du Conseil des arts du Canada dans le volet Explorer et Créer – Du concept à la réalisation pour développer les prochaines itérations de ses projets artistiques.

Bravo Laura! Assurez-vous de vous abonner à notre infolettre pour découvrir les projets emballants de cette artiste ‘lumineuse’!

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Le musée de l’histoire à venir

Dunlop Sherwood Gallery – En monte jusqu’au 2 juin

Commissaire: Blair Fornwald

Le Musée de l’histoire à venir de Laura St.Pierre documente la flore des forêts boréales de la Saskatchewan. Des pots en verre recyclé contenant des spécimens de plantes pâles et fantomatiques sont disposés dans des vitrines et ensuite documentés par de lumineuses photographies en grand format. Dans ce musée de fortune, nous humons l’odeur qui nous est de plus en plus familière des feux de forêt lesquels maintiennent et menacent l’écosystème fragile de la forêt. Surréaliste et élégiaque, l’installation de St.Pierre nous plonge dans un avenir spéculatif, à la fois prévisible et indicible.

St. Pierre tient à remercier le Saskatchewan Arts Board et le Conseil Culturel Fransaskois.

Spectral Garden – la biennale Bonavista lance sa documentation sur le Web

Le catalogue de la Biennale Bonavista édition 2017 est maintenant en ligne! Pour l’édition 2017 de la biennale, Laura St. Pierre et Jon Bath ont créé ensemble des installations-projections à l’aide de plantes indigènes et d’appareils mis au rebus, pour fixer le passé et le recadrer dans l’avenir. Vous pouvez visionner la vidéo ci-dessous pour vous immerser dans le monde immersif et magnétisant de ces deux collaborateurs.

 

 

Michèle Mackasey fait la une

 

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Michèle Mackasey qui installe Axenet’i Tth’al, at Wanuskewin au parc Heritage Park en 2017.  Photo: Patricio Del Rio

L’artiste et co-fondatrice de Sans-atelier a eu une année 2017 très chargée. Pour souligner la fin de ce chapitre, nous faisons un retour sur la couverture médiatique de son projet Axenet’i Tth’al, projet artistique produit en collaboration avec la communauté Dené de Patuanak. Michèle termine sa résidence de création à la mi-juin. L’artiste reste très occupée, avec de multiples projets en cours (dont un projet de portrait bouteille!). Elle nous confie qu’elle travaille de près avec Common Weal sur une publication qui fera le portrait de l’exposition Axenet’i Tth’al. Michèle aimerait bien un jour que cette publication soit traduite au français.

Canadian Art

Art in 2017: A View from Saskatoon

Jen Budney · DEC 20, 2017

michele-mackasey.jpgL’artiste Michèle Mackasey et son fils Chevez Ezaneh ont réalisé l’oeuvre dans la communauté de Patuanak, dans le nord de la Saskatchewan.  Photo : CBC/Jason Warick

CBC 

Wanuskewin art installation mimics traditional maze used to trap lynx

Jason Warick · CBC News · 

Radio-Canada

Une oeuvre d’art inspirée de la trappe des ancêtres autochtones

Anouk Lebel ·  20 juillet 2017

 

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Axenet’i Tth’al, installation, photo : Percy Paul

Vie des arts

Margaret Bessai

Saskatchewan Arts Board

50 years of Artist Residencies

cover-ps-2.jpgphoto by Danlee Mispounas

Planet S Magazine

Axenet’i Th’al shows how landscape and culture are intertwined

Gregor Beatty · juillet 2017

Entretien avec Lorenzo Dupuis

DSC_3135photo: Kenton Doupe

Lorenzo Dupuis est un artiste peintre qui travaille au tempéra à l’œuf, un médium très populaire avant la Renaissance.  Il œuvre dans ce médium depuis plusieurs années dû à une sensibilité à la peinture d’huile. Nous l’avons rencontré dans son atelier.

Préparé par Jean-Philippe Deneault
Parution originale dans L’Eau vive, 2017

D’où viens-tu ?

Je suis né à Saskatoon. Mon père était fermier tout près du village de Hoey frappé par l’épidémie de polio ayant sévit en Saskatchewan pendant les années cinquante. Il en est mort soudainement deux mois avant ma naissance. Faisant face à cet imprévu, ma mère a dû rejoindre sa famille à la ferme de ses parents située à Vonda. Comme l’hôpital le plus rapproché se trouvait à Saskatoon, c’est donc là où ma naissance a eu lieu. Quelques mois après ma naissance, vu qu’ils étaient très nombreux dans la maison de mes grands-parents, ma mère a dû déménager à Prince Albert. C’est à Prince Albert où j’ai passé mon enfance et mon adolescence.

Comme jeune adulte, après avoir fait des études en Beaux Arts, j’ai passé deux ans et demi en Afrique centrale. Cette partie de ma vie m’a beaucoup formé. Même s’il y a longtemps depuis que j’ai quitté l’Afrique, je ressens toujours en moi les découvertes que j’ai faites dans ce merveilleux continent.

Les prairies canadiennes t’évoquent quoi ?

Les prairies me sont très importantes. Pour moi, c’est de l’espace, du vide, la réflexion et de la lumière. Le restant de la planète me paraît sombre par rapport aux prairies.

Que penses-tu de Saskatoon ?

J’adore ma ville. Elle est la plus belle parmi plusieurs belles villes de l’Ouest canadien. C’est surtout la rivière et les rives qui me plaisent. J’habite un quartier près de la rivière et ceci me permet de facilement retrouver la nature. Les diverses communautés qui m’entourent sont aussi très agréables et importantes. L’aspect multiculturel de Saskatoon m’enrichit énormément. J’ai des amis des premières nations, de Chine, de Vietnam, d’Afrique et de plusieurs autres groupes ethniques. C’est très excitant parce que nous sommes en train de créer la culture d’une ville ensemble. Finalement, pour moi, Saskatoon contient une communauté qui est riche en artistes qui s’entraident et qui démontrent une grande générosité les uns envers les autres.

DSC_3213photo: Kenton Doupe

Comment ça se passe dans ton atelier ? Quelles sont les étapes dans la réalisation d’une œuvre de Lorenzo Dupuis ?

Mon atelier est derrière ma maison. J’y vais presque tous les jours pendant plusieurs heures. Je n’ai pas de routine précise. Avant de peindre, j’examine mes œuvres récentes et je tente de les évaluer. J’essaie de déterminer où sont les points faibles et les points forts. Ceci me donne une idée où commencer prochainement. La partie la plus difficile est le côté technique. Pour moi, préparer un nouveau panneau ou encadrer une œuvre est une tâche difficile. J’hésite toujours au moment d’entreprendre ces travaux. Mais, ce n’est pas le cas avec l’acte de peindre. Ceci m’intéresse. J’ai toujours hâte de commencer parce que c’est souvent une aventure. Pour maintenir l’esprit d’aventure, je cherche toujours de me sortir un peu de ma zone de confort. J’ajoute ou j’enlève quelques éléments de mon vocabulaire visuel pour me permettre d’avoir un pied dans l’inconnu. C’est dans l’inconnu où les aventures peuvent avoir lieu.

Quels types de sentiments t’habitent avant, pendant, et après la création d’une œuvre ?

J’essaye de me vider autant que possible. Je fais de mon mieux de ne pas avoir d’attentes, et de ne pas être motivé par les sentiments. Avec le temps, j’ai appris de me méfier des sentiments, surtout ceux qui sont souvent associés avec le succès. Si je sors de l’atelier en ressentissent de la joie, il y a une forte possibilité que j’aie imité un peintre que j’admire. Si, par contre, je sors de l’atelier avec l’esprit un peu confus ou frustré, je prends cela comme un bon signe. Cela veut peut-être dire que j’ai navigué dans l’inconnu et que j’ai été motivé par la curiosité et non par l’ambition qui mène souvent à l’imitation.

Quelle est l’idée qui a le plus contribué à enrichir ta propre réflexion sur les arts, en général ou plus particulièrement sur ton propre travail ?

C’est le principe d’unité et de diversité. L’art visuel est axé sur ce principe. Une œuvre d’art doit avoir de diverses couleurs, tonalités et de lignes qui sont à la fois unies ; c’est à dire, qui fonctionne bien ensemble. La diversité est assez facile à atteindre. L’unité, par contre, est très difficile. C’est un peu comme un voisinage composé de gens de différents groupes ethniques, de différents âges et disposant de différentes compétences. Si ces gens ont un but en commun et s’ils arrivent à coordonner leurs efforts et s’entraider, ils pourront alors réaliser un but commun et harmonieux. Pareillement, le peintre doit organiser son vocabulaire de façon à ce que tout ce qu’il met sur sa toile contribue à développer la même mélodie visuelle.

Quel regard ton travail porte-t-il sur la société ?

Mes œuvres ne portent pas de regard spécifique sur la société.  C’est mon but d’éviter ce genre de commentaire. J’ose plutôt célébrer ce qui est inaperçu.

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photo: Kenton Doupe

D’après toi, qui s’intéresse à ton travail ?

C’est difficile à dire. Je n’ai vraiment aucune idée. Je suis toujours surpris d’apprendre que quelqu’un a été touché par une de mes créations.

Quelles sont les répercussions de ton métier d’artiste professionnel sur ta vie, celle de tes proches et de ta communauté ?

 C’est très difficile de gagner sa vie comme peintre. Ce n’est pas très rentable financièrement. D’ailleurs, c’est très riche d’une autre façon. En se laissant entraîner par sa curiosité dans le but d’atteindre un résultat authentique, on arrive à cultiver à l’intérieur de soi même quelque chose de précieux, sans nom précis.

Quels artistes te sont une source d’inspiration ?

Il y a deux peintres qui m’inspirent énormément. Il y a Agnes Martin. Elle est originaire de la Saskatchewan (1912-2004). Il y a aussi Georgio Morandi, un peintre italien (1890 -1964). À première vue, ces deux peintres sont très différents l’un de l’autre. Mais, l’âme qui anime leurs œuvres se ressemble. Les œuvres des deux peintres déversent tranquillement une qualité méditative.

Quel livre prend une place particulière actuellement sur ta table de chevet ou dans ta bibliothèque ?

Je viens juste de commencer un livre de Gabrielle Roy intitulé Alexandre Chenevert, le caissier.

Quelle place prend la langue, d’une part dans ton quotidien, et d’autre part, dans ta pratique plastique ?

Ma langue m’est très importante. La radio est toujours allumée dans mon atelier où j’écoute « Radio-Canada ». J’adore les entrevues, les discussions et la musique. C’est une façon de maintenir et d’enrichir mon français et de me sentir en contacte avec les Francophones de la Saskatchewan, d’ailleurs au Canada et d’Europe. Comme cela, j’ai un atelier au plein milieu du cœur de la francophonie.

Tu peux nous dire un mot au sujet du collectif Sans Atelier ?

C’est une très bonne initiative. Les artistes ont besoin d’appui. Cet organisme tente de multiplier les occasions de rencontres par des causeries, des expositions et d’autres activités. Ce sont des choses essentielles, surtout pour les artistes francophones de chez nous qui sont en position minoritaire. J’ai hâte d’y participer.

DSC_3191Atelier de l’artiste, photo: Kenton Doupe

Entretien avec Jean-Sébastien Gauthier

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Préparé par Jean-Philippe Deneault
Parution originale dans L’Eau vive, 2017

Jean-Sébastien est un artiste en arts numériques et sculpteur, dont la pratique cherche à ouvrir de nouvelles pistes de création artistique reposant sur l’expérimentation interdisciplinaire.  En collaboration avec des scientifiques en médecine et en biologie évolutionnaire, il a recours à des techniques d’imagerie 3D et à des outils comme le synchrotron (le plus puissant microscope au Canada) afin de numériser des organismes microscopiques et de créer ses œuvres en utilisant ces images comme matériel. Nous l’avons interviewé pendant une escale à l’aéroport de Winnipeg.

D’où viens-tu ?

Je suis né à Saskatoon, sur le territoire du traité six, ma famille maternelle est établie dans la région depuis 3 générations, et mon père est saguenéen. J’ai grandi dans la banlieue de Saskatoon et à l’âge de 14 ans ma famille et moi sommes déménagés à Martensville sur la ferme et les ateliers de la fonderie de mon grand-père maternel, le sculpteur Bill Epp (1930-1995), suivant son décès.  

Les prairies canadiennes t’évoquent quoi ?

L’horizon, l’horizontalité et la possibilité de changement. C’est une base à partir de laquelle on peut attendre patiemment et agir rapidement.

Que penses-tu de Saskatoon ?

Comme c’est mon lieu de naissance, j’y associe une grande variété de souvenirs personnels dans différents lieux de la ville.  C’est un endroit où il fait bon vivre et y trouve beaucoup d’entraide et de possibilités à l’intérieur d’une communauté artistique foisonnante. Venant moi-même d’une famille d’artistes, j’ai été témoin, au fil des années, de la conception et de l’installation d’œuvres d’art. C’est la seule ville où je peux dire que j’ai pu observer les effets et le passage du temps sur plusieurs œuvres que j’ai vu créé (par mon grand-père) comme enfant. Comme sculpteur s’intéressant aux œuvres d’art public, Saskatoon et ses environs sont, au final, le seul lieu où je suis en mesure d’être témoin, sur une échelle de temps, de la force de l’âge sur la matière.

Comment ça se passe dans ton atelier ? Quelles sont les étapes dans la réalisation d’une œuvre de Jean-Sébastien Gauthier ?

J’occupe simultanément deux lieux de création. Mon bureau où se trouve mon ordinateur et la fonderie en campagne.  En fait, je considère l’ordinateur comme un espace en soi, où il est possible d’encoder, créer, expérimenter, tester, interagir et façonner une matière qui se donne à moi sous forme de données numériques (vidéo) et enfin stocker et archiver mon travail.  L’idéation, la planification et le traitement des images que je crée prennent place et forme dans et grâce à cet espace, qui s’apparente à un terrain de jeu pour l’imaginaire, où éditer en vidéo devient un peu comme dessiner, faire une esquisse. L’atelier à la ferme me permet de manipuler physiquement une matière et d’en observer la transformation. D’ailleurs, je garde plusieurs tests en archives, qui sont, en quelque sorte, les témoins de différentes configurations et possibles.

Quels types de sentiments t’habitent avant, pendant, et après la création d’une œuvre ?

D’abord pour toutes les étapes, il y a le doute et la crainte de l’inconnu, qui sont des sentiments consistants. Très rapidement, il s’agit de se ressaisir. La curiosité, l’évaluation critique et le désir d’engagement sont les meilleurs antidotes à ces sentiments initiaux. La création est une chose très pratique et stratégique dans laquelle l’on doit s’assurer d’ouvrir les possibles et s’offrir des choix. Une fois l’œuvre complétée, il reste souvent de l’insatisfaction. En revanche, c’est une chose très rare, mais récemment j’ai ressenti de la satisfaction à l’égard de mon travail. C’est un grand bonheur. La relâche de la tension à la fin d’un projet me permet de renouveler mon optimisme à l’égard de possibilités d’avancement et me permet de passer par-dessus les défis liés aux diverses étapes de création.

Quelle est l’idée qui a le plus contribué à enrichir ta propre réflexion sur les arts, en général ou plus particulièrement sur ton propre travail ?

Le sculpteur Robert Morris, une des figures centrales du minimalisme, a introduit dans son essai Anti-Form, le concept de l’entropie (la transformation de la matière avec le temps) en relation à la sculpture. Pour Morris, une sculpture doit être comprise comme étant toujours dépendante du contexte et des conditions de sa création. Au 19e siècle, des artistes comme Rodin et Rosso désiraient à tout prix laisser leurs marques sur la matière, par exemple, en n’effaçant pas les lignes d’un moulage ou leurs traces de doigts. Au 20e siècle, ce qui intéressa Pollock était la matière en elle-même ainsi que le geste de création de l’artiste. Il étudia les marques des outils, les méthodes de confection, et les propriétés de la matière. La forme suit l’idée de celui qui la façonne, mais pas de manière indépendante des propriétés de la matière en elle-même. En résumé, ce sont l’idée de ce que l’artiste aimerait réaliser et la matière qui dicteront son choix du matériau et la portée de ses gestes. C’est une idée libératrice pour moi parce qu’elle propose en somme de rompre avec la tradition en ne reproduisant pas les formes artistiques du passé.

Quel regard ton travail porte-t-il sur la société ?

Actuellement, c’est le cas, mais c’est un regard distant, lequel cherche davantage à entretenir un dialogue avec autrui et aussi avec moi-même. Je cherche d’abord à créer des œuvres qui visent une transformation. Bien que j’ai des valeurs d’inclusion, de partage, mon but n’est pas de créer des œuvres à des fins politiques ou sociales, mais de favoriser l’échange entre humains, et de mettre au défi leur mainmise et monopole sur la matière. Je souhaite donner lieu à des modes de pensée et de faire empreint de compassion.

D’après toi, qui s’intéresse à ton travail ?

Surtout mes paires du milieu des arts et les jeunes à qui j’ai eu l’occasion de partager mon travail. En fait, le principal intéressé est moi ! Bien que mon travail ne porte pas sur moi en tant que sujet, je dois trouver mon travail intéressant. L’expérience artistique est justement cela, une expérience, que je dois synthétiser et traduire en une œuvre qui sera intéressante et nouvelle. Au fond, je suis toujours le premier spectateur et critique de mon œuvre.  

Quelles sont les répercussions de ton métier d’artiste professionnel sur ta vie, celle de tes proches et de ta communauté ?

Être un artiste professionnel demande beaucoup de temps, d’intensité et d’assiduité à l’ouvrage. C’est un métier comme un autre, je me lève le matin, je me prépare un café, et je me mets à la tâche. Il y a des répétitions, des horaires, et des obligations. La poète Maya Angelou disait « Nothing will work unless you do ».

Quels artistes te sont une source d’inspiration ?

Comme j’emprunte dans mon travail un procédé expérimental, les membres de la communauté scientifique m’inspirent énormément. Leur méthodologie et leur capacité à se placer souvent entre deux mondes sont sources d’inspiration. Sans partager du tout son point de vue sur des questions de « la race », un biologiste et artiste comme Ernst Haeckel (1834-1919) pratiquaient les deux métiers simultanément. Cela force l’admiration.  

Quel livre prend une place particulière actuellement sur ta table de chevet ou dans ta bibliothèque ?

Un livre auquel je retourne constamment récemment et qui me sert de boussole est  Colliding Worlds: How Cutting-edge Science Is Redefining Contemporary Art d’Arthur I Miller, sur l’impact des technologies et des avancements de la science sur les arts visuels.  J’ai même entrepris une correspondance avec lui afin de discuter davantage de ses propos et partager mes dernières créations.   

Quelle place prend la langue, d’une part dans ton quotidien, et d’autre part, dans ta pratique plastique ?

Ma recherche et pratique ne sont pas le fruit d’une quête identitaire à proprement parler. Par contre, un concept central à ma création est celui de la traduction.  Être élevé par des parents exogames, et d’avoir une identité façonnée par deux cultures, mais aussi ressentir que j’étais assis quelque part entre deux mondes est hautement compatible avec le travail de création qui consiste à chercher à traduire et garder le sens d’idées venant de logiques différentes.

Tu peux nous dire un mot au sujet du collectif Sans Atelier ?

J’ai partagé des ateliers avec certains des membres. Ce collectif, c’est mes paires, mes collègues, ma communauté. C’est un groupe qui émerge comme un lieu d’appui et d’entraide dans cette grande plaine où les gens sont à niveau.

DSC_3933Jean-Sébastien Gauthier et son collègue Dr. Eames au Synchrotron à Saskatoon, SK.  photo: Kenton Doupe

Entretien avec Laura St. Pierre

DSC_1235photo: Kenton Doupe

Laura St.Pierre est une artiste visuelle oeuvrant principalement dans les domaines de l’installation, de la sculpture et de la photographie. Nous l’avons rencontrée dans son atelier à Saskatoon.

Préparé par Jean-Philippe Deneault
Parution originale dans L’Eau vive, 2017

D’où viens-tu ?
Je suis née à Saskatoon bien qu’enfant j’ai aussi vécu à Régina. À l’âge adulte, j’ai habité à Vancouver, Edmonton, Montréal, et à Grande Prairie. Mon conjoint et moi étions nomades pendant près de 20 ans. Maintenant, nous nous sommes installés à Saskatoon pour de bon…

Que penses-tu de Saskatoon ?
Je préfère les villes où on n’a pas besoin d’auto pour se déplacer. J’ai beaucoup aimé habiter à Vancouver et à Montréal. Mais on a trouvé un bon quartier ici à Saskatoon, où se trouvent, à quelques minutes à pied de chez nous, une épicerie, une boulangerie, des restaurants, une quincaillerie, une piscine et une bibliothèque. Il est important pour moi que nous habitions un quartier comme le nôtre. J’aime beaucoup moins les banlieues. Afin d’être complètement heureuse à Saskatoon, il nous faudrait du transport public quasi raisonnable, car maintenant, ça fait vraiment pitié !

Comment ça se passe dans ton atelier ? Quelles sont les étapes entourant la confection d’une œuvre de Laura St.Pierre ?
En ce moment je travaille sur une série de photos de plantes préservées dans des bocaux. L’été, je fais la collection de plantes que je préserve dans de l’alcool. Depuis les feux de forêt ayant fait rage en Saskatchewan en 2015, la forêt boréale m’obsède, et j’ai passé beaucoup de temps à collectionner des plantes à Jan Lake, un lac situé au nord-est de la province. De retour à mon atelier, je commence par essayer de recréer une communauté de plantes qui sont demeurées imprégnées dans ma mémoire. Je les sélectionne afin de créer une composition et je joue avec l’éclairage. Ces étapes peuvent prendre plusieurs jours. Quand je suis satisfaite, je prends une trentaine de photos numériques. Ensuite, avec l’aide de logiciels différents, je crée une image numérique en mode « super résolution ». Ceci me permet d’imprimer les images à environ 300% de la grandeur originale des objets.  Finalement, je procède à des ajustements avec Photoshop et je les imprime à jet d’encre sur un papier velouté. Cet hiver, j’ai commencé à imprimer aussi sur du canevas et sur film pour boîtes lumineuses. Je réalise aussi de courtes œuvres vidéo avec les bocaux comme sujet. Ce travail est encore dans sa phase expérimentale, mais je crois que le mouvement me permettra de mieux communiquer ce que je veux dire avec ce travail.

Quel type de sentiments et de pensées t’habitent avant, pendant et après la création d’une œuvre ?
Tout va bien dans l’atelier si je peux atteindre un état de « flow » et si je peux me trouver dans ma « zone ». C’est plus facile quand je suis seule à la maison, puisque mon atelier se trouve chez nous. J’écoute souvent de la musique électronique comme « Four Tet » ou Brian Eno, ou un podcast pour faire taire la petite voix dans ma tête qui me rappelle qu’il y a du ménage à faire ou que j’ai oublié d’envoyer un courriel à tel ou tel étudiant…

Quelle est l’idée qui a le plus contribué à enrichir ta propre réflexion sur les arts, en général, ou plus particulièrement sur ton propre travail ?
En ce moment, je réfléchis beaucoup au sujet de l’écologie et de l’environnement, et la relation entre la « nature » et l’être humain. Je lis actuellement « The Hidden Life of Trees » qui décrit les systèmes de communication entre les arbres. Ça me surprend très souvent jusqu’à quel point nous, les humains, savons très peu de choses quant aux mystères de la nature. Je suis toujours à la recherche de livres et de podcasts au sujet de la relation entre nature, psychologie humaine et l’environnement. Évidemment, le réchauffement climatique m’inquiète beaucoup, et je me demande quel est le rôle le l’artiste vis-à-vis l’état de la planète ? Ma collection de plantes préservées et les photos qu’elles inspirent portent directement sur cette question.

kenton_doupe6_laura.jpgPhoto: Kenton Doupe

Être un artiste professionnel impacte comment ta vie, celle de tes proches et celle de ta communauté ?
Il faut être absolument têtue pour avoir une pratique artistique professionnelle. L’argent, l’espace, le temps – on n’en a jamais assez – il faut donc se débrouiller. Alors, moi et ma famille, nous vivons plus simplement que le font bien d’autres pour me permettre de continuer à être artiste. Je suis très reconnaissante du sacrifice qu’ils font. Aussi, ils doivent accepter que je sois têtue non seulement face à ma pratique artistique, mais têtue en général. Ce n’est pas facile pour eux !

Quels artistes te sont une source d’inspiration ?
J’avoue qu’en ce moment se sont les écrivains qui m’inspirent vraiment. Haruki Murakami, Margaret Atwood, Rebecca Solnit, Alice Munro, Jeanette Winterson, Ursula K Leguin…  C’est une liste bigarrée, mais voilà… Ces auteurs ont tous en commun une fine exploration de la psychologie des personnages.

Quel livre prend une place particulière actuellement sur ta table de chevet ou dans ta bibliothèque ?
« River of Shadows » par Rebecca Solnit. C’est une écrivaine sans pareille, et ce livre en particulier discute l’histoire de la photographie et du cinéma d’une façon absolument captivante.DSC_1239-Panophoto: Kenton Doupe

Quelle place prend la langue, d’une part dans ton quotidien, et d’autre part, dans ta pratique plastique ?
Le processus de décrire et d’expliquer ma démarche artistique est souvent difficile, et c’est quelque chose que j’évite. Mais c’est aussi essentiel pour faire des demandes de bourse et d’exposition, et les entrevues comme celle-ci. Un grand nombre d’artistes faisant du bon travail ont moins de succès qu’ils ne le devraient parce qu’ils ne savent pas bien écrire. Le processus me semble un genre de torture ou de punition, mais j’en sors toujours avec les idées moins vagues, et souvent avec une nouvelle piste à suivre. Alors ça vaut la peine, mais je préfère prendre des photos.

Tu peux nous dire un mot au sujet du collectif Sans Atelier ?
Je suis revenue à Saskatoon il y a environ 3 ans. Je cherchais un atelier- un gros défi en ville- et une amie a suggéré qu’il y aurait peut-être de l’espace chez Sans Atelier. Depuis ce temps-là nous avons perdu l’espace que nous louions ensemble. L’embourgeoisement nuit vraiment à la pratique artistique… Je m’estime très chanceuse d’avoir rencontré les autres membres. C’est une gang très sympathique et on continue de s’appuyer les uns et les autres comme on peut.

Entretien Eveline Boudreau

DSC_5635photo: Kenton Doupe

Éveline Boudreau est une artiste en art performance qui a participé à de nombreuses expositions et qui a récemment présenté son travail au Canada, aux États-Unis et en Europe.  

Préparé par Jean-Philippe Deneault
Parution originale dans L’Eau vive, 2017  

D’où viens-tu ?

D’origine acadienne, je poursuis actuellement ma carrière artistique à Saskatoon depuis 35 ans.

Les prairies canadiennes t’évoquent quoi ?

Les prairies canadiennes me parlent du temps, de l’espace et de l’histoire. Consciente que le multiculturalisme prend aujourd’hui de l’ampleur, je suis préoccupée par l’assimilation anglophone et je m’inquiète de la situation de la langue française et de la culture francophone.

Que penses-tu de Saskatoon ?

Jeunes et innovatrices, les villes de l’Ouest canadien sont intimement liées à l’économie agricole et pétrolière.  À Saskatoon, l’Université de la Saskatchewan a un rôle très important pour tous et sa contribution artistique est primordiale pour chacun.

Comment ça se passe dans ton atelier ? Quelles sont les étapes dans la réalisation d’une œuvre d’Éveline Boudreau ?

Mes œuvres sont conçues et exécutées selon mes besoins, désireuse de m’exprimer au sujet de certains aspects sociaux.  Lorsque je prépare un projet, je dois d’abord le développer sur le plan des idées puis cerner le lieu où le projet sera concrétisé. Dans notre monde où l’adaptation rapide à de nouvelles situations est requise, quelques thèmes me captivent tels que les enfants et la technologie, le plastique dans nos vies de tous les jours. Je m’arrête principalement sur la question identitaire et la cause des femmes.

J’utilise présentement la voie de la performance, un art vivant qui se développe dans le temps réel, imbu de la présence de l’artiste. En général, j’assume une présence active dans la sphère publique, j’adopte parfois une approche plus ou moins théâtrale et ludique, ayant comme but de converser, d’échanger.

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Quels types de sentiments t’habitent avant, pendant, et après la création d’une œuvre ?  

Depuis maintes années, je suis heureuse d’aborder la question identitaire et plusieurs installations et performances en ont été le sujet. J’étais intriguée par mes liens familiaux, mes origines. Puis, consciente de l’importance des organisations artistiques, ma créativité s’est atténuée pendant quelques années, et je suis devenue impliquée au niveau local, provincial et national. Ensuite, j’ai repris avec grand intérêt le thème de l’identité, mais cette fois-ci lié à nos rapports aux autres, au fait que nous existons de plus en plus dans l’interface. J’ai découvert et demeure passionnée par cette notion identitaire en lien avec l’informatique. Que ce soit avant ou pendant mes performances, des processus intéressants sont en marche, ainsi qu’après. Et je suis heureuse de pouvoir participer à la conférence annuelle internationale, The Arts in Society, où la vie d’aujourd’hui est présentée. Ce lieu de partage me permet de m’exprimer et de questionner ma pratique liée à la vie de tous les jours.

Quelle est l’idée qui a le plus contribué à enrichir ta propre réflexion sur les arts, en général ou plus particulièrement sur ton propre travail ?

Les arts d’aujourd’hui et les arts très anciens contribuent à ma réflexion en général. À la suite de mes études universitaires aux Beaux-arts, la connaissance de la performance s’est affirmée et mon désir de la pratiquer a pris le dessus. Une interaction avec les gens dans la sphère publique me plaît, sans grande présentation ni planification officielle – l’art performance met en relief le privé et le public, le présent et le réel, aborde des sujets choisis, permet de m’exprimer et de questionner certains éléments de la vie de tous les jours.

Quel regard ton travail porte-t-il sur la société ?

Je constate que notre société est sujette à d’importants changements. Un sujet qui m’est très cher présentement est relié au fait que nous existons de moins en moins dans le réel et de plus en plus dans l’interface, l’écran. Tout en créant une distance, en nous rapprochant à distance, ceci nous force à redéfinir notre rapport au monde.

DSC_5621photo: Kenton Doupe

D’après toi, qui s’intéresse à ton travail ?

Par l’entremise de la performance, les gens sont amenés, eux, de façon consciente ou non, identifiée ou non, à se lier à ma pratique artistique. Mes projets performatifs prennent surtout place dans des lieux publics et la participation des gens est intrinsèque.  Lors de mes projets performance, certains participent de façon anonyme et d’autres reconnaissent la situation – un projet artistique ! En règle générale, tous répondent positivement à mes projets et acceptent d’y prendre part. À The Arts in Society les participants sont tous très intéressés et intéressants.

Quelles sont les répercussions de ton métier d’artiste professionnel sur ta vie, celle de tes proches et de ta communauté ?

Être artiste m’est primordial, indispensable. Un travail de création différencié se produit et est en constante transformation. Il se produit chez moi, la performeuse, et chez le spectateur/participant, une transformation sensible accompagnée d’une construction identitaire active. Depuis les années 2000, je suis investie dans un travail solo et collectif (avec participants collectifs) combinant intention et présence furtive. Dans une communication conviviale sous forme d’interrogations, d’anecdotes, et de constats momentanés, j’aborde des questions de l’heure, liées à la vie d’aujourd’hui, je m’implique dans un milieu collectif. Mon art peut être une présence consciente et réelle ou une présence infiltrante et furtive.

Quels artistes te sont une source d’inspiration ?

Il y a d’abord la Québécoise Sylvie Tourangeau qui m’est toujours importante et inspirante. Et il y a les artistes internationaux, dont Marina Abramovic, Yayoi Kusama, Martine Viale, Victoria Stanton, et je tiens à mentionner, localement, Natasha Martina (en théâtre et mouvement) et Linda Duvall (en multimédia).

Quel livre prend une place particulière actuellement sur ta table de chevet ou dans ta bibliothèque ?

Plusieurs livres me sont importants et inspirants.  Par exemple, Le théâtre et son double d’Antonin Artaud, Anatomy for the Artist de Sartah Simble.  Differencing the Canon de Griselda Pollock, les œuvres de Nelly Arcan et Nancy Huston.  En parlant de Nancy Huston et de son livre, Reflet dans un œil d’homme, ouvrage sensible et vibrant d’actualité, Nancy Huston parvient à nous démontrer l’étrangeté de notre société qui nie tranquillement la différence des sexes tout en l’exacerbant à travers les industries de la beauté et de la pornographie.

Quelle place prend la langue, d’une part dans ton quotidien, et d’autre part, dans ta pratique plastique ?

La langue française m’est primordiale. Ainsi, l’écoute de la radio de Radio-Canada m’est importante et quotidienne –  nouvelles, entrevues, discussions… C’est une façon de maintenir et d’enrichir mon français tout en me liant avec les Francophones de la Saskatchewan, d’ailleurs au Canada et d’Europe. Grâce à la radio mon atelier se situe, si on peut dire, au plein cœur de la francophonie !

Tu peux nous dire un mot au sujet du collectif Sans-atelier ?

En tant que francophone, dans une province où aucun groupe ni collectif francophone n’était présent, j’ai participé à l’AGAVF en tant qu’individu afin de promouvoir la situation saskatchewanaise et d’assumer une présence francophone.  L’AGAVF est né officiellement en 2003. J’ai aussi participé au projet de l’AGAVF, PARALLAX, projet et résidence d’artistes pancanadiens qui s’est tenu à Winnipeg en 2003, en lien avec la construction du nouveau pont. Ma participation à l’AGAVF s’est poursuivie jusqu’au moment de l’entrée officielle du collectif Sans-atelier en tant que groupe francophone d’ici. Bonne continuation et bon succès à Sans-atelier !

DSC_5553photo: Kenton Doupe

Entretien avec Jean-Marie Michaud

DSC_3231Photo: Kenton Doupe

Jean-Marie Michaud est un artiste peintre muraliste, dont la pratique est en mutation. Il se consacre aussi tour à tour à la photographie, la sculpture, la vidéo, et de plus en plus à la dramaturgie. Nous l’avons rencontré dans l’atelier mis à sa disposition par la ville de Saskatoon pour la création d’une oeuvre d’envergure.

Préparé par Jean-Philippe Deneault
Parution originale dans L’Eau vive, 2017

D’où viens-tu ?

Ma mère m’a donné naissance à l’hôpital de Chicoutimi le jour d’une incroyable tempête hivernale. Papa avait dû conduire sa belle Dodge noire en plein blizzard. J’ai eu la chance par la suite de faire des études classiques à Métabetchouan, le village où j’ai grandi au Lac St-Jean.  Bien plus tard, après un Bacc à l’Université de Montréal, j’ai filé pour Vancouver pour m’inscrire à UBC et à l’école d’art et de design Emily Carr. Un contrat inattendu pour construire des marionnettes géantes pour la fête du Canada m’a fait découvrir le pays des grands ciels changeants. Trente-trois ans plus tard, je réalise que j’y suis vraiment chez moi.

Que penses-tu de Saskatoon ?

Les gens y sont en général accueillants, tolérants et généreux. Je mène une vie paisible dans ma ville, car ni trop grande, ni trop petite, on peut y faire sa place au soleil; et soleil il y a. Sans lui, on ne survivrait pas à ses interminables hivers – même si j’en apprécie la grande beauté. L’été, les rues ombragées de la forêt urbaine, la rivière Saskatchewan sud et la vallée Meewasin sont vraiment exceptionnelles.

L’éventail des activités offertes sur les scènes théâtrale, musicale et artistique – majoritairement en anglais, il va sans dire— est à l’image de l’essor et de la vitalité de Saskatoon. Je rêve encore toutefois de pouvoir un jour faire mon épicerie dans mon quartier Riversdale. Si loin de mes racines, avoir de bons et bonnes ami.e.s est ce qu’il y a de plus précieux.

DSC_3294photo: Kenton Doupe

Comment ça se passe dans ton atelier ? Quelles sont les étapes dans la réalisation d’une œuvre de Jean-Marie Michaud ?

Présentement, l’activité centrale de mon atelier tourne autour d’une seule préoccupation. En remportant une compétition pour la création d’une murale sur panneaux de bois, pour un édifice municipal de mon quartier, je n’avais pas tout à fait réalisé les complications auxquelles j’aurais à faire face. Je m’apprête justement à déménager dans un espace mieux chauffé. Ici, le mercure n’atteint pas souvent les 10 degrés Celsius essentiels au séchage adéquat de la peinture.

Pour élaborer la composition de cette murale, j’ai d’abord rencontré dans leur gymnase tous les étudiants de l’école du quartier King George pour leur présenter le projet. Je suis passé ensuite dans chacune de leurs classes pour les inviter à dessiner tout ce qu’ils aiment dans la vie. J’ai mis alors quelques mois pour concevoir cette œuvre de 400 pieds carrés, destinée à être installée en ondulant sur les quatre murs extérieurs d’un petit édifice municipal dans le parc St.Andrew’s, à deux pas de leur école.

Il fallait ensuite acquérir les matériaux, préparer les panneaux, agrandir les dessins, et procéder au découpage de chaque section. La difficulté principale de cette entreprise est maintenant de peindre en utilisant un durcisseur essentiel à l’adhésion de la peinture lors de l’ajout d’un enduit anti-graffiti. La toxicité du produit exige le port d’un masque alimenté par un courant d’air frais pour protéger mes yeux et mes poumons. Pas très jojo… Au moins, les couleurs sont belles et le résultat transformera ce coin du quartier. Mes progrès m’apportent beaucoup de satisfaction.

Quels types de sentiments t’habitent avant, pendant, et après la création d’une œuvre ?

Bonne question. Toute entreprise ambitieuse nécessite chez un artiste la volonté de faire face à l’inconnu quoiqu’il arrive. C’est un peu comme sauter dans le vide avec confiance et détermination. Il faut avoir la foi d’y arriver. J’éprouve une certaine joie dans l’effort et le dépassement et du bonheur dans le travail accompli.

Quelle est l’idée qui a le plus contribué à enrichir ta propre réflexion sur les arts, en général ou plus particulièrement sur ton propre travail ?

J’ai trouvé récemment dans un biscuit chinois une phrase étonnante : « Le but de la vie est de se connaître, de s’aimer, de se faire confiance et d’être soi-même. » J’y reviens souvent pour bien en absorber le mérite. Ces mots, bien sûr, n’éclairent pas seulement la vie des artistes. Ils m’incitent néanmoins à donner le meilleur de moi-même. Je jongle avec l’idée de les mettre dans la bouche d’un des personnages de la pièce sur laquelle je travaille depuis l’hiver dernier.

Quelles sont les répercussions de ton métier d’artiste professionnel sur ta vie, celle de tes proches et de ta communauté ?

La vie est généreuse de multiples façons. Celle d’un artiste, comme toute autre, s’écrit au quotidien. Il faut l’assumer et s’assumer. Peu d’entre nous vivent « grassement » de leur art. Faut faire avec. Certains s’en accommodent. D’autres y renoncent. Pourtant, personne ne voudrait vivre dans un monde sans art.

Quels artistes te sont une source d’inspiration ?

Le renouveau dans l’œuvre et la puissance évocatrice de  Lorenzo Dupuis m’émeut par sa sobriété. Le maniement des couleurs de Sylvie Francoeur et de Louise Roy, chacune à leur façon, me séduit. La poésie dans la démesure de Christo m’inspire depuis toujours. La finesse de Joe Fafard m’éblouit.

Quel livre prend une place particulière actuellement sur ta table de chevet ou dans ta bibliothèque ?

Grâce à une trouvaille dans la bibliothèque libre-service du Rendez-vous francophone (à l’étage du Relais), je m’apprête à plonger dans la trilogie « Le goût du bonheur » de l’incomparable Marie Laberge. Merci aux donatrices et donateurs, et à la Fédération des francophones de Saskatoon. Profitons-en.

Quelle place prend la langue, d’une part dans ton quotidien, et d’autre part, dans ta pratique plastique ?

La francophonie m’habite depuis ma naissance. J’en apprécie la beauté chaque jour et la respire à chaque instant.

Tu peux nous dire un mot au sujet du collectif Sans-atelier.

Super ! Haha ha..

DSC_3309-PanoPhoto: Kenton Doupe

Projet À la rencontre de l’artiste

Au courant de l’année 2016-2017, Sans-atelier a eu l’occasion de travailler en partenariat avec écrivain Jean-Philippe Deneault et  le journal L’Eau vive afin de voir publier cinq entretiens avec des artistes francophones de notre communauté. Ceux-ci feront l’objet de nos premiers articles sur notre site web. Ci-bas vous trouverez un article publié dans L’Eau vive ayant un petit historique et une introduction au projet.

Explorez notre site »———–> nous tentons d’en faire un repère pour nos activités!

Cinq ateliers, cinq artistes – Sans-atelier lance « À la rencontre de l’artiste »
25 janvier 2017

Le collectif d’artiste Sans-atelier, en collaboration avec l’hebdomadaire l’Eau vive, lance À la rencontre de l’artiste : cinq entretiens avec des artistes francophones professionnels de Saskatoon, publiés mensuellement jusqu’au mois de mai. Lire la suite