Entretien avec Jean-Marie Michaud

DSC_3231Photo: Kenton Doupe

Jean-Marie Michaud est un artiste peintre muraliste, dont la pratique est en mutation. Il se consacre aussi tour à tour à la photographie, la sculpture, la vidéo, et de plus en plus à la dramaturgie. Nous l’avons rencontré dans l’atelier mis à sa disposition par la ville de Saskatoon pour la création d’une oeuvre d’envergure.

Préparé par Jean-Philippe Deneault
Parution originale dans L’Eau vive, 2017

D’où viens-tu ?

Ma mère m’a donné naissance à l’hôpital de Chicoutimi le jour d’une incroyable tempête hivernale. Papa avait dû conduire sa belle Dodge noire en plein blizzard. J’ai eu la chance par la suite de faire des études classiques à Métabetchouan, le village où j’ai grandi au Lac St-Jean.  Bien plus tard, après un Bacc à l’Université de Montréal, j’ai filé pour Vancouver pour m’inscrire à UBC et à l’école d’art et de design Emily Carr. Un contrat inattendu pour construire des marionnettes géantes pour la fête du Canada m’a fait découvrir le pays des grands ciels changeants. Trente-trois ans plus tard, je réalise que j’y suis vraiment chez moi.

Que penses-tu de Saskatoon ?

Les gens y sont en général accueillants, tolérants et généreux. Je mène une vie paisible dans ma ville, car ni trop grande, ni trop petite, on peut y faire sa place au soleil; et soleil il y a. Sans lui, on ne survivrait pas à ses interminables hivers – même si j’en apprécie la grande beauté. L’été, les rues ombragées de la forêt urbaine, la rivière Saskatchewan sud et la vallée Meewasin sont vraiment exceptionnelles.

L’éventail des activités offertes sur les scènes théâtrale, musicale et artistique – majoritairement en anglais, il va sans dire— est à l’image de l’essor et de la vitalité de Saskatoon. Je rêve encore toutefois de pouvoir un jour faire mon épicerie dans mon quartier Riversdale. Si loin de mes racines, avoir de bons et bonnes ami.e.s est ce qu’il y a de plus précieux.

DSC_3294photo: Kenton Doupe

Comment ça se passe dans ton atelier ? Quelles sont les étapes dans la réalisation d’une œuvre de Jean-Marie Michaud ?

Présentement, l’activité centrale de mon atelier tourne autour d’une seule préoccupation. En remportant une compétition pour la création d’une murale sur panneaux de bois, pour un édifice municipal de mon quartier, je n’avais pas tout à fait réalisé les complications auxquelles j’aurais à faire face. Je m’apprête justement à déménager dans un espace mieux chauffé. Ici, le mercure n’atteint pas souvent les 10 degrés Celsius essentiels au séchage adéquat de la peinture.

Pour élaborer la composition de cette murale, j’ai d’abord rencontré dans leur gymnase tous les étudiants de l’école du quartier King George pour leur présenter le projet. Je suis passé ensuite dans chacune de leurs classes pour les inviter à dessiner tout ce qu’ils aiment dans la vie. J’ai mis alors quelques mois pour concevoir cette œuvre de 400 pieds carrés, destinée à être installée en ondulant sur les quatre murs extérieurs d’un petit édifice municipal dans le parc St.Andrew’s, à deux pas de leur école.

Il fallait ensuite acquérir les matériaux, préparer les panneaux, agrandir les dessins, et procéder au découpage de chaque section. La difficulté principale de cette entreprise est maintenant de peindre en utilisant un durcisseur essentiel à l’adhésion de la peinture lors de l’ajout d’un enduit anti-graffiti. La toxicité du produit exige le port d’un masque alimenté par un courant d’air frais pour protéger mes yeux et mes poumons. Pas très jojo… Au moins, les couleurs sont belles et le résultat transformera ce coin du quartier. Mes progrès m’apportent beaucoup de satisfaction.

Quels types de sentiments t’habitent avant, pendant, et après la création d’une œuvre ?

Bonne question. Toute entreprise ambitieuse nécessite chez un artiste la volonté de faire face à l’inconnu quoiqu’il arrive. C’est un peu comme sauter dans le vide avec confiance et détermination. Il faut avoir la foi d’y arriver. J’éprouve une certaine joie dans l’effort et le dépassement et du bonheur dans le travail accompli.

Quelle est l’idée qui a le plus contribué à enrichir ta propre réflexion sur les arts, en général ou plus particulièrement sur ton propre travail ?

J’ai trouvé récemment dans un biscuit chinois une phrase étonnante : « Le but de la vie est de se connaître, de s’aimer, de se faire confiance et d’être soi-même. » J’y reviens souvent pour bien en absorber le mérite. Ces mots, bien sûr, n’éclairent pas seulement la vie des artistes. Ils m’incitent néanmoins à donner le meilleur de moi-même. Je jongle avec l’idée de les mettre dans la bouche d’un des personnages de la pièce sur laquelle je travaille depuis l’hiver dernier.

Quelles sont les répercussions de ton métier d’artiste professionnel sur ta vie, celle de tes proches et de ta communauté ?

La vie est généreuse de multiples façons. Celle d’un artiste, comme toute autre, s’écrit au quotidien. Il faut l’assumer et s’assumer. Peu d’entre nous vivent « grassement » de leur art. Faut faire avec. Certains s’en accommodent. D’autres y renoncent. Pourtant, personne ne voudrait vivre dans un monde sans art.

Quels artistes te sont une source d’inspiration ?

Le renouveau dans l’œuvre et la puissance évocatrice de  Lorenzo Dupuis m’émeut par sa sobriété. Le maniement des couleurs de Sylvie Francoeur et de Louise Roy, chacune à leur façon, me séduit. La poésie dans la démesure de Christo m’inspire depuis toujours. La finesse de Joe Fafard m’éblouit.

Quel livre prend une place particulière actuellement sur ta table de chevet ou dans ta bibliothèque ?

Grâce à une trouvaille dans la bibliothèque libre-service du Rendez-vous francophone (à l’étage du Relais), je m’apprête à plonger dans la trilogie « Le goût du bonheur » de l’incomparable Marie Laberge. Merci aux donatrices et donateurs, et à la Fédération des francophones de Saskatoon. Profitons-en.

Quelle place prend la langue, d’une part dans ton quotidien, et d’autre part, dans ta pratique plastique ?

La francophonie m’habite depuis ma naissance. J’en apprécie la beauté chaque jour et la respire à chaque instant.

Tu peux nous dire un mot au sujet du collectif Sans-atelier.

Super ! Haha ha..

DSC_3309-PanoPhoto: Kenton Doupe

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